Des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley réexaminent 100 mystérieux signaux radio détectés dans l’espace lointain, dans l’espoir de déterminer enfin s’ils représentent une preuve de la vie extraterrestre. Cet effort renouvelé s’appuie sur près de trois décennies de données et sur la contribution sans précédent de millions d’utilisateurs d’ordinateurs bénévoles dans le monde entier.
La puissance de l’informatique distribuée
La recherche de l’intelligence extraterrestre (SETI) a toujours été limitée par la puissance de calcul. L’analyse de grandes quantités de données radio nécessite des capacités de traitement qui étaient autrefois exclusives aux grandes institutions. Cependant, en 1999, les scientifiques ont réalisé le potentiel d’exploiter la puissance de traitement collective des ordinateurs personnels. Le projet SETI@home est né, invitant les individus à télécharger un logiciel permettant d’analyser passivement les données collectées par l’Observatoire d’Arecibo à Porto Rico.
Ce n’était pas seulement un exercice théorique ; l’ampleur était remarquable. En quelques jours, le projet a attiré plus de 200 000 participants, dépassant finalement les 2 millions de téléchargements en un an dans plus de 100 pays. La puissance de traitement combinée de ces ordinateurs personnels a permis aux chercheurs d’analyser les données d’une manière auparavant impossible. Comme l’a noté Eric Korpela, l’un des astronomes du projet, cela en a fait « la recherche à bande étroite la plus sensible de grandes parties du ciel ».
Le défi du filtrage du bruit
Les données ne consistaient pas simplement à écouter des messages extraterrestres clairs. Le mouvement de la Terre autour du soleil et le mouvement potentiel de toute civilisation extraterrestre émettrice ont créé un effet Doppler, modifiant les fréquences au fil du temps. Pour tenir compte de cela, les chercheurs ont développé des algorithmes complexes pour analyser une vaste gamme de dérives de fréquence possibles. Cela nécessitait une immense puissance de calcul – multipliée par plus de 10 000, selon David Anderson, l’un des informaticiens du projet – mais le réseau distribué de PC rendait cela réalisable.
Des milliards à quelques derniers
Au moment où SETI@home s’est terminé en 2020, l’équipe avait identifié environ 12 milliards de signaux d’intérêt. Ce nombre a été réduit à environ 2 millions à l’aide de superordinateurs, puis affiné en éliminant les interférences des satellites, des émissions et même des appareils électroménagers courants. Ce processus a finalement isolé environ 100 signaux méritant un examen plus approfondi.
Depuis juillet 2025, les chercheurs utilisent le télescope sphérique chinois à cinq cents mètres d’ouverture (FAST) pour réexaminer ces régions de l’espace. Des études publiées dans The Astronomical Journal détaillent à la fois les succès et les inconvénients du projet, suggérant que les efforts futurs bénéficieront des leçons apprises.
Une perspective réaliste
Malgré les efforts déployés, les scientifiques reconnaissent que les chances restent faibles. La couverture limitée du ciel d’Arecibo et l’absence de signaux immédiatement frappants tempèrent les attentes. Comme l’admet Korpela, “Il y a une petite déception car nous n’avons rien vu.” Des télescopes plus grands et des durées d’observation plus longues sont nécessaires pour sonder plus profondément dans l’espace.
Cependant, l’héritage du projet s’étend au-delà des résultats immédiats. SETI@home a démontré le pouvoir du crowdsourcing et de la science citoyenne, prouvant que même sans découverte définitive, la recherche de l’intelligence extraterrestre peut repousser les limites de l’exploration scientifique. Le potentiel de futurs projets, tirant parti de vitesses Internet plus rapides et d’une informatique plus avancée, reste prometteur.
Même si aucun signal n’est trouvé, le projet a établi une nouvelle référence en matière de sensibilité dans la recherche SETI. Si un signal détectable existait, il aurait été trouvé.
