L’héritage caché de Pokémon Go : comment les joueurs ont involontairement formé des robots de livraison

19

Pendant des années, Pokémon Go a captivé des millions de personnes grâce à son gameplay en réalité augmentée, transformant les rues des villes en terrains de chasse numériques. Les joueurs déambulaient, caméras levées, pourchassant des créatures virtuelles superposées au monde réel. Aujourd’hui, une décennie plus tard, cette activité alimente discrètement la prochaine génération de robots de livraison. Niantic Spatial, l’équipe derrière Pokémon Go, s’est associée à Coco Robotics pour équiper ses robots de livraison à courte distance d’un outil de navigation très précis appelé système de positionnement visuel (VPS).

L’utilité inattendue des données participatives

Le VPS n’est pas simplement une autre alternative au GPS ; il utilise des repères visuels pour localiser l’emplacement avec une précision centimétrique. La clé ? Il a été formé sur plus de 30 milliards d’images capturées par les utilisateurs de Pokémon Go. Cela signifie que toutes ces heures passées à scanner les parcs, les parkings et même les ruelles faiblement éclairées à la recherche de Pikachus et de Charizards ont désormais été réutilisées pour aider les robots à livrer vos plats à emporter.

Il s’agit d’un exemple frappant de la façon dont une collecte de données apparemment sans rapport peut donner lieu à des applications imprévues des années plus tard. Comme l’a dit John Hanke, PDG de Niantic Spatial, « faire en sorte que Pikachu coure de manière réaliste et que le robot de Coco se déplace en toute sécurité et avec précision à travers le monde est en fait le même problème ».

Comment les données Pokémon Go alimentent la navigation des robots

Le VPS fonctionne en analysant l’environnement au lieu de s’appuyer uniquement sur le GPS. Les joueurs de Pokémon Go se sont physiquement rendus dans des endroits spécifiques, pointant leur téléphone sous différents angles, créant ainsi un effort de cartographie massif. Niantic a encore renforcé cette collecte de données en 2020 avec « Field Research », encourageant les joueurs à scanner des statues et des monuments du monde réel pour obtenir des récompenses dans le jeu.

Le volume considérable de données, alimenté par un pic de 230 millions de joueurs actifs mensuels en 2016 et qui oscille toujours autour de 50 millions aujourd’hui, garantit la précision dans diverses conditions : météo, éclairage, angles et hauteurs. Cet afflux constant de données crée un modèle en amélioration continue.

Le défi de la robotique du dernier kilomètre

Les robots autonomes sont souvent confrontés aux limitations du GPS dans les environnements urbains denses où les immeubles de grande hauteur interfèrent avec les signaux. Les robots de Coco, équipés de quatre caméras, utiliseront le VPS pour naviguer avec précision, garantissant ainsi des livraisons plus rapides et plus fiables. Les enjeux sont élevés ; les retards dans la livraison de nourriture peuvent coûter de l’argent aux entreprises et frustrer les clients.

Comme le note Hanke, « la promesse de la robotique du dernier kilomètre est immense, mais la réalité de naviguer dans les rues chaotiques d’une ville constitue l’un des défis d’ingénierie les plus difficiles. »

Réutilisation des données : une tendance croissante

La réutilisation par Niantic des données Pokémon Go n’est pas isolée. Les tests CAPTCHA de Google, soupçonnés depuis longtemps de former des modèles de vision de l’IA, et l’accès présumé des forces de l’ordre aux données Waze à des fins d’enquête démontrent une tendance plus large. Bien que Niantic n’ait pas indiqué son intention de partager ses données VPS avec les autorités, le potentiel est clair : un outil qui identifie avec précision les emplacements pourrait être inestimable pour la surveillance.

La « Carte vivante » et la collecte continue de données

Niantic envisage une « carte vivante » qui évolue à mesure que de nouvelles données sont collectées. Une fois que les robots de livraison équipés du VPS seront dans les rues, ils contribueront à ce modèle, améliorant encore sa précision. Cette collecte continue de données réelles reflète l’approche adoptée par les constructeurs de voitures autonomes comme Waymo et Tesla, où le perfectionnement constant grâce à des tests réels est essentiel au progrès.

Essentiellement, la prochaine fois que vous verrez quelqu’un dans un parc absorbé par Pokémon Go, rappelez-vous que sa chasse au trésor numérique pourrait tranquillement façonner l’avenir de la livraison de nourriture.